Dans la précipitation de l’annonce de l’incarcération de Roman Polanski, beaucoup ont décidé de signer une pétition de soutien à l’artiste en demandant à la justice suisse de le remettre en liberté.
Cette précipitation, que je peux comprendre pour un homme d’une telle grandeur cinématographique, amène à nous poser une question. Est-il un justiciable comme les autres ?
Veut-on nous prouver qu’il est possible d’avoir une justice à plusieurs vitesses ? Une justice pour les artistes et une justice pour les autres, une justice pour les riches et une justice pour les pauvres ?
Sachant que Roman Polanski a la citoyenneté française, il serait intéressant de se mettre dans la peau d’un justiciable lambda de la même nationalité.
Pour mémoire, Roman Polanski est accusé d’avoir eu des relations sexuelles avec une mineure de 13 ans, il y a 33 ans. Ce qu’il a reconnu.
En France, la loi pose une présomption : un enfant de moins de 15 ans n’a pas de consentement libre face à un adulte en matière de relation sexuelle. Dans notre pays avoir des relations sexuelles avec un enfant de moins de 15 ans s’analyse comme un crime.
Les défenseurs acclament que les faits sont anciens. L’ancienneté des faits est sujette uniquement à la prescription du crime. En France, les relations sexuelles avec un mineur ne sont prescrites qu’au bout de 20 ans. Prescription que l’on décompte à partir de la majorité de la victime. Sans rentrer dans les détails d’une telle procédure, il n’est pas certain que les faits auraient été prescrits en France.
L’autre argument qui revient le plus souvent dans le débat est la déclaration de la victime qui ne souhaite pas continuer dans la voie judiciaire. Affirmer que seule la victime puisse influencer des décisions judiciaires me semble terriblement choquant. S’il est normal que le point de vue de la victime soit pris en compte par la justice, l’exécution des peines ne doit pas être commandée par la victime. Une justice qui serait dictée par les victimes reviendrait à reconsidérer le droit à la vengeance. Seul le procureur qui représente la société peut au nom de ladite société estimer qu’un individu peut lui être dommageable et ainsi la protéger.
Le dossier Roman Polanski, est un dossier qui en France, même 33 ans après les faits pourrait être jugé.
Maintenant, l’ancienneté des faits, le changement de comportement de Roman Polanski depuis les faits ainsi que les indemnités déjà versées à la victime devraient rassurer le cinéaste.
Se livrer à la justice américaine qui sauf énorme surprise rendrait un verdict clément, serait tout à son honneur.
Car en fuyant ses responsabilités et en fuyant la justice il donne une tout autre image. Il démontre par son action que la reconnaissance, la célébrité et la richesse suffisent à extraire un homme des mains de la justice.