Il y a des signes qui ne trompent pas. Les mêmes signes qui donnent la gestion de la RGPP a des fonctionnaires de Bercy alors que cette réforme devrait émaner de chaque ministère.
Pour les retraites, le signe s’appelle Eric Woerth, pilote de la réforme des retraites dans le privé et dans le public. Avec Woerth, le gouvernement démontre son envie de convergence entre le public et le privé. Le même âge légal, la même durée de cotisation, le même nombre d’année de calcul. Le gouvernement veut aller vite, réussir une réforme qui lui soit la moins coûteuse possible quitte à qu’elle soit injuste.
Pour la réforme des retraites, nous allons devoir réfléchir posément, ne pas oublier la logique politique et ne pas nous rassembler uniquement autour de la logique économique et surtout prendre en compte la logique humaine.
Aujourd’hui, notre système par répartition doit faire face à un défi majeur. Les actifs financent par leurs cotisations les pensions des retraités. Le système fonctionne correctement si et seulement si il y a un rapport actifs/retraités au moins supérieur à 2. Or, l’avenir montre que le déséquilibre existant en 2010 s’accroît avec les années et qu’en 2050, il n’y aura que 121 actifs pour 100 inactifs.
Indéniablement, nous devons reconnaître qu’il soit envisageable d’augmenter la durée de cotisation.
Cependant si nous tablons sur une augmentation de 2 ans, l’âge légal étant de 60 ans il passerait à 62 ans, il faut insister sur la pénibilité de certains secteurs d’activités. En effet, l’espérance de vie s’allonge et à 62 ans une majorité de personnes sont encore vaillantes mais chacun sait que le niveau social et d’étude joue énormément. Un ouvrier soumit à des conditions de travail dures doit-il se voir augmenter la durée de cotisation ? Inversement, un cadre supérieur aux conditions de travail plus faciles doit-il cotiser uniquement jusqu’à 62 ans ? Nous ne voulons pas que certains ouvriers du privé ayant commencé à travailler très jeunes soient contraints de faire 48 années de travail.
L’autre problématique qui résulte de l’augmentation de la durée de cotisation est le travail des seniors. Les entreprises ont des difficultés à employer des seniors car c’est un actif qui coûte cher. En effet, le senior, souvent cadre, n’a pas le même salaire qu’un junior. Je m’interroge aussi sur cette réelle efficacité de faire travailler les seniors. Car tant que le senior occupe son poste, l’avancement social est gelé et le jeune actif se retrouve bloqué à la sortie de ses études. On sait que moins il y aura de chômeurs, plus il y aura de cotisants. Certains secteurs tels que le bâtiment ou la restauration n’arrivent plus à recruter alors qu’il y a une offre grandissante de métiers non pourvus. En revalorisant ces secteurs nous pourrions attirer une main d’œuvre, favoriser des réorientations de carrière, faire baisser le chômage et avoir un accroissement du nombre de cotisants.
Il nous faut penser une société juste, où la pénibilité est prise en compte, où l’arrivée tardive sur le marché du travail ne peut être ignorée. Nous n’accepterons pas les baisses de pensions, pour cela nous devons être plus solidaires les uns avec les autres. Étudions la piste d’un rééquilibrage de l’impôt en supprimant le bouclier fiscal. Nous devons aller encore plus loin dans le rééquilibrage des inégalités avec la suppression des niches fiscales. Ces niches qui ne sont utilisées que pour des abattements fiscaux sont entretenues par des salariés au revenu confortable. Ces nouveaux privilèges abolis permettraient de véritables économies à injecter dans le système des retraites.