A l’annonce d’une ouverture prochaine des états généraux de la violence à l’école j’avais, sur ce blog, exprimé ma méfiance vis-à-vis de ce débat organisé peu avant les élections régionales. (lire le premier article)
Les états généraux se sont donc clos le 8 avril dernier par un discours sans avancées majeures. Je retiendrai dans cet exercice que le ministre de l’éducation nationale, Luc Chatel, a essayé sans y arriver de faire une synthèse reprenant certaines remarques des chercheurs présents tout en évitant de ne pas sortir du discours, facile, sécuritaire mais terriblement efficace.
Le problème de la violence scolaire tel que l’entends est une violence scolaire médiatisée, une violence scolaire dure et une violence scolaire inégale sur le territoire. La violence scolaire est différente qu’elle ait lieu à Sarcelles ou en Ardèche*. Je m’intéresserai ici à la violence scolaire qui nous inquiète, la violence scolaire de Sarcelles, de Clichy, du Kremlin-Bicêtre, la violence scolaire des quartiers défavorisés.
Le lycée n’est peut être pas la cause de tous ces maux, de toute cette violence, mais il est le théâtre de la représentation de la violence de notre société. Nous avons su construire des « quartiers-tours » pour répondre à l’augmentation démographique de la France et nous avons su construire des lycées pour former les enfants vivant dans ces quartiers. En 40 ans, ces constructions déshumanisant l’habitant se sont ghettoïsées, les quartiers de nos cités radieuses se sont considérablement appauvris. Les banlieues oubliées des projets de revalorisation sont devenues socialement violentes et le lycée carrefour entre les différentes cités a perdu son rôle central d’enseignement, transformé en terrain de jeu pour nos enfants en rupture.
Plusieurs pistes de solutions sont à étudier. A court terme, il faut repenser la méthode d’enseignement en transformant le cours magistral en cours participatif où l’élève découvre par lui même. L’expérimentation doit être la base dans toutes les matières et non seulement dans les TD de chimie ou de physique. Un deuxième point qui me semble important est le « turn over » des professeurs dans ces lycées. Cette non stabilisation du corps enseignant dans ces établissements nuit fortement à l’image du lycée. Comment donner aux élèves le sentiment qu’ils comptent si le professeur une fois arrivé dans l’établissement demande une mutation ? Enfin pour éviter les intrusions extérieures, il faut réfléchir à comment « sanctuariser » l’établissement sans pour autant qu’il ne devienne une prison.
A long terme, c’est tout l’aménagement de ces quartiers qu’il faut repenser. C’est oser des grands chantiers de reconstruction. Reconstruire des logements ne dépassant pas les 3-4 étages, développer les espaces ouverts, éviter le béton et le bitume, redonner envie aux gens d’y vivre et aux autres de venir s’y installer afin de favoriser la mixité sociale.
Les états généraux sur la violence à l’école, étaient donc, à l’habitude du gouvernement, un coup médiatique. Le gouvernement veut faire croire qu’il se préoccupe réellement des problèmes de violences à l’école, et surtout de rappeler que la seule réponse est la répression. En regardant de plus près, nous pouvons nous rendre compte rapidement que la répression trouve ses limites dans le cadre social où vivent les enfants. Voici donc une piste de plus abandonnée par le gouvernement UMP, un projet de travail dont nous devons nous saisir, un projet de Gauche, un projet pour un changement.
*Lycée LE CHEYLARD en Ardèche fut classé deuxième lycée France dans l’Express (2009)