Voici la réponse d’un peuple à son tyran. Voici la réponse d’hommes et de femmes qui se sont constitués collectivité égyptienne face à leur despote. Très loin des réponses diplomatiques que l’occident entretenait avec le régime d’Hosni Mubarak, le peuple égyptien a renversé le régime autoritaire qu’il supportait depuis des années. Pourtant cette révolution aurait bien pu n’être qu’une révolte sans cet essor collectif que nous nommerons Les Égyptiens.
On ne peut pas éviter la comparaison avec la Tunisie, qui, quelques jours plus tôt, effectuait elle aussi son changement de régime. Mais la comparaison s’arrête là. Car si la réponse tunisienne aux despotismes est l’écœurement du système mafieux du clan Ben Ali pillant les recettes économiques du Pays, la réponse égyptienne, quant à elle, est un soulèvement où l’idée de liberté prédomine. N’oublions pas que la première victoire de la révolution égyptienne est le fait de manifester.
N’allons pas imaginer que l’Égypte nous montre une révolution 2.0. Il est entendu que Facebook, Twitter et Internet dans sa globalité ont joué le rôle qu’ils devaient jouer. C’est-à-dire être le relais des idées, des rendez-vous, de la coordination et des slogans. Mais la révolution égyptienne aurait eu lieu sans Internet. La coupure généralisée des nouveaux moyens de communications durant une semaine par l’État n’a pas empêché le soulèvement. Tout comme l’Ami du Peuple ou le Vieux Cordelier n’ont pas fait la Révolution française.
La Révolution égyptienne – qui mérite largement son « R » majuscule à l’image de notre Révolution – est une réponse à l’humiliation que subissait le peuple égyptien. Cette humiliation a transformé le citoyen égyptien en un tout que nous avons repris dans les titres de nos unes. Ce tout, contraire aux notions d’individualisme, est la collectivité unifiée derrière laquelle le peuple égyptien s’est nourri de l’humiliation pour se rassembler autour de la passion. Cette passion du peuple égyptien pour la liberté a permis la rupture avec ce régime obsolète et sclérosé. Cette passion instigatrice de liberté et de démocratie moderne propose un nouvel avenir à l’Égypte.
On notera le rôle important de l’armée qui semble avoir compris pendant les évènements que la poudre et le sang ne sauraient arrêter un élan aussi puissant de liberté. Cette armée forte, aux privilèges puissants, a donc été plus attentive à la Révolution que le président réaliste qui n’y voyait qu’une révolte. La phase révolutionnaire commence, il faut construire le nouvel édifice démocratique voulu par les égyptiens. L’armée administre actuellement le pays alors que la constitution vient d’être suspendue. Une situation que l’Égypte n’avait plus connu depuis 1952, date de la fondation de la république.
Je terminerai ce propos par notre diplomatie, qui une nouvelle fois, a su démontrer avec éloquence sa futilité. Encore empêtrés dans la Révolution tunisienne et les voyages offerts à nos ministres par des despotes ou leurs élites d’affaires liés aux régimes, nous avons montré notre fadaise devant ces évènements. Car derrière nos appels au calme nous n’avons pas soutenu les aspirations libérales du peuple égyptien ou plus tôt nous avons attendu le parti pris d’Obama pour s’aligner dessus.