Est-il légitime de s’interroger sur la dépénalisation du cannabis ?
Ma réponse est clairement oui.
L’épisode de Tremblay de cette dernière semaine est un exemple qui démontre que notre politique contre l’usage du cannabis est un fiasco. Il faut bien comprendre, que nous sommes aujourd’hui dans une impasse où le tout répressif contre l’usage du cannabis trouve sa limite. Nous n’avons aucune politique claire avec des objectifs et des priorités, à contrario notre politique navigue entre des mesures sécuritaires, répressives et sanitaires. Nous n’acceptons pas dans notre société qu’il y ait des gens qui consomment et nous n’acceptons pas que cette consommation ne soit pas punie.
Les statistiques montrent que la plupart des interpellations pour des délits de drogues portent sur les consommateurs qui sont interpellés pour le simple usage ou pour la possession de petites quantités destinées à leur usage personnel. Donc, contrairement à ce qui est souvent dit, dans la pratique ce sont les mesures répressives qui prédominent et les consommateurs sont les premiers à en subir les conséquences laissant le trafiquant dans un sentiment d’impunité totale. En effet, la législation sur les drogues indique qu’un simple usage de cannabis peut conduire à une peine d’un an de prison ou une amende de 3750 euros, et, depuis la loi de 2007 sur la récidive, l’achat de 2 grammes de cannabis par une personne récidiviste peut amener à une peine plancher de 4 ans emprisonnement.
Nous sommes aujourd’hui dans l’hypocrisie car cette politique de prohibition n’a jamais été évaluée, mise à part les chiffres du ministère de l’intérieur ou de la justice, nous ne savons pas si oui ou non la politique répressive est véritablement efficace. Cependant, je peux orienter ma réponse. La hausse de la consommation chez les jeunes, et la privatisation de certains quartier de banlieue par une mafia locale indiquent que la solution répressive est un échec. En tant que maire du 19ème arrondissement se sont des problématiques auxquelles j’essaie d’apporter des solutions concrètes. Quand une politique de répression ne fonctionne pas, il faut se poser les bonnes questions. Il faut réfléchir à une solution, il faut penser à un autre modèle.
La consommation de cannabis est aujourd’hui normale. L’usage de cette drogue illégale est devenu banal. Mais je ne pense pas que les problèmes de toxicomanie doivent être banalisés. Il reste avant tout des problèmes sociaux. Ce n’est pas parce que l’alcool est autorisé en vente libre que nous n’agissons pas sur les effets dévastateurs de l’alcoolisme. L’usage de cannabis intensif doit bien entendu nous interpeller. Sa consommation est un indicateur dans nos quartiers défavorisés, il est l’un des nombreux symptômes du mal-être des cités.
La prohibition marque son inefficacité. Comment avec un arsenal juridique répressif parvenons nous encore à des situations telles que celle de Tremblay ?
En dépénalisant l’usage du cannabis, on couperait les robinets d’approvisionnement de cette économie souterraine. Il serait alors facile pour le législateur de créer une loi sur cette consommation devenue légale tout comme nous l’avons déjà fait sur l’alcool ou le tabac.






