20
jan
2010

Débat national sur la réforme des retraites

Martine Aubry dans une déclaration courageuse a pris les devants sur RTL en annonçant que l’âge optimal de départ à la retraite devrait se situer au alentour de 61-62 ans. Ancienne ministre du travail et réformiste des 35 heures on ne peut que lui porter caution.

Ce chiffre de 61-62 ans n’est pas un chiffre inventé dans la stratégie de refondation du PS. Il s’agit d’un chiffre qui est le résultat d’un modèle de calcul théorique qui tend à déterminer l’âge optimal de départ à la retraite. La France utilise un système de modélisation dit Pelé-Ralle de 1997 qui prend en compte notre cher système de répartition.

La réflexion sur un sujet aussi délicat que la réforme des retraites reste tabou dans l’hexagone depuis près de 30 ans où l’abaissement l’âge de la retraite à 60 ans est considéré comme l’un des grands acquis du symbole socialiste.

Si la tentation de la capitalisation s’est aujourd’hui effacée du débat politique, il inévitable de s’interroger sur notre système de retraite par répartition qui était justifié par l’arrivée de la génération baby-boom sur le marché du travail.

La France est un pays qui vieillit avec une accélération depuis 2006 qui correspond à la première année du passage à l’âge de la retraite des générations du baby-boom (1946-1973).
Le système de répartition arrive à bout de souffle et il faut donc trouver une solution. La première idée est de reculer l’âge de départ à la retraite puisque nous vivons plus longtemps et mieux.

Néanmoins je m’interroge sur le fait qu’il y ait du travail jusqu’à 62 ans ou plus alors que dans le même temps nous n’arrivons pas à endiguer un chômage chronique important. On peut ajouter que la ralentissement de l’activité économique avec les crises successives a servi de prétexte à une politique restrictive de l’emploi avec des effectifs occupés qui tendaient à stagner, tandis que les mises à la retraite se multipliaient.

La problématique de la réforme des retraites doit s’actionner autour de 3 facteurs.

Le premier facteur est lié à l’âge de la retraite qui est fixe et à l’espérance de vie qui ne cesse d’augmenter. Ce rapport entre la période de cotisation et la période de retraite ne peut que diminuer c’est à dire que nous nous dirigeons vers une période de cotisation plus courte que la période de retraite. Ce premier point s’imbrique avec le deuxième facteur qui quant à lui est générationnel puisque les « salariés baby-boomers » arrivent en masse à la retraite. Le troisième facteur est lié à la conjoncture politique de notre pays, un taux de chômage trop élevé, le non remplacement d’un fonctionnaire sur deux qui part à la retraite,la politique de lutte contre l’immigration, la politique salariale des entreprises gourmandes en jeunes effectifs qui n’hésitent pas à envoyer les vieux effectifs en retraite d’office et la relative faible écoute des partenaires sociaux.

La solution n’est pas simple et elle mérite un grand débat sur cet épineux sujet qui est plus attendu qu’un débat sur l’identité nationale. Il serait intéressant de réfléchir sur des nouvelles politiques qui se retrouvent trop souvent masquées par la question : A quel âge doit arrêter de travailler ?

Je ne pense pas que l’âge de la retraite doit nécessairement être résolu par l’augmentation de l’âge de départ à la retraite. D’autres pistes sont à explorer telles qu’une politique volontariste et efficace de lutte contre le chômage, qu’une ouverture à l’immigration, qu’un rééquilibrage équitable des cotisations entre les salariés (défavorisés et favorisés) etc.

C’est donc un vaste chantier qui s’ouvre devant nous où les acteurs sont deux générations différentes et où chacun doit apporter sa contribution.

Ecrit par Roger Madec dans : Réciproque | Tags : ,

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