La réforme des retraites qui a été présentée hier matin est une provocation à l’ensemble des Français et plus particulièrement un pied de nez aux classes modestes de notre pays.
Après un feuilleton au suspense somme tout relatif, Eric Woerth aura attendu la coupe du monde de football pour présenter son projet. Nous connaissons parfaitement cette stratégie politicienne qui consiste à faire passer les réformes importantes pour la nation quand le peuple est occupé avec les jeux du cirque. Le peuple n’est pas dupe Monsieur Woerth.
Faut-il réformer notre système de retraite ? Oui, sans aucun doute. Fallait-il cette réforme ? Non.
Le projet qui nous est dicté est dans la continuité de la politique gouvernementale. Cette politique qui a effrontément remplacé le beau mot d’égalité par le clientéliste injustice.
Sur le fond, il est facile et sans démagogie mal venue, de comprendre aisément que les travailleurs sont les grands perdants de cette réforme. Bien sûr, de l’argent est dégagé. Il est même possible qu’en 2018 les comptes tendent vers l’équilibre mais à quel prix. Le prix est lourd et il est non négociable. Les classes modestes vont payer la retraite des classes aisées.
Le report de l’âge à 62 ans ne concerne pas l’ancien d’HEC, de la rue Saint-Guillaume, de l’ENA où toute personne ayant fait des études longues. Le calcul est simple. En augmentant l’âge l’égal, nous faisons une économie la première année plus importante que si on avait augmenté la durée de cotisation, mais l’augmentation de l’âge légal accroît fortement la proportion de personnes les plus modestes de carrières longues. Catégorie de la population qui va devoir être obligée de travailler encore plus longtemps. La chaîne industrielle recrute tôt et use vite. En effet l’espérance de vie n’est pas égale. S’il s’accroît pour tout le monde, l’ouvrier meurt avant le cadre.
De fait, la question de la pénibilité se pose. Le projet prévoit le cas par cas. Aucun travail n’est pénible tant que vous ne l’avez pas prouvé à hauteur de 20% d’invalidité. L’ouvrier fatigué, l’ouvrier usé, l’ouvrier cassé sera amené à apporter la preuve des souffrances physiques accumulées.
Faut-il encore d’autres exemples pour démontrer que cette réforme est injuste.
Injuste donc par le traitement infligé à ceux qui triment et injuste, aussi, sur la méthode de financement choisi. Le fond de réserve de Lionel Jospin est pillé alors que la droite ne l’a jamais alimenté. Le strict minimum de prélèvement sur les revenus du capitale et sur les hauts revenus, alors que ce prélèvement était attendu pour être le symbole d’un peu plus d’équité.
Injuste sur l’emploi. Comment embaucher plus dans une période de crise où le chômage explose si l’on augmente l’âge de départ de 2 ans ? 2 ans de plus à travailler c’est 2 ans de plus avant de libérer son poste et donc de favoriser l’avancement et l’embauche. Augmenter l’age légal à 62 ans, encore fallait-il s’en donner les moyens en supprimant les exonérations sur les heures supplémentaires qui coûtent 4 milliards d’euros par an à l’État et qui freinent considérablement l’emploi.
Cette réforme est la preuve ultime que Sarkozy et son gouvernement propose la rupture, la rupture entre les Français, entre ceux qui travaillent et ceux qui vivent du capital et des hauts revenus. Comment peut-il encore nous faire croire qu’il est le Président de tous les Français alors qu’il avait assuré qu’il ne toucherait pas à l’âge légal de départ en retraite, parce qu’il n’avait pas reçu le mandat des électeurs en 2007.
Je serai cet automne de tous les combats afin que le gouvernement modifie ce projet en profondeur.